Version 2006-1
Vault-de-Lugny
La colline du Montmarte
Vault-de-Lugny depuis le Montmarte - Ph. JM Simoes
En 1822, un habitant de Vault-de-Lugny, à 6 kilomètres à l’ouest d’Avallon, trouva sur la colline du Montmarte des pièces de monnaie romaine et deux têtes de calcaire. A l’automne de cette même année, les premières fouilles sur cette colline révélaient un grand sanctuaire gallo-romain et mettaient à jour une superbe statuaire.
Le fanum est de grandes dimensions : 16,10 m x 16,90 m pour la galerie extérieure, 8,60 m x 7,80 m (mesures intérieures) pour la cella.

A 7 mètres à l’est du temple, existe un bâtiment considéré par les anciens fouilleurs comme le "logement des prêtres".

D'après A. Olivier et M. Baudot in L'Yonne et son passé

Au nord comme au sud, deux murs de soutènement parallèles ont été mis à jour. Le mur sud permettait de créer une terrasse de 2 mètres de largeur longeant le fanum quelque deux mètres au-dessous de la cella et de la galerie entourant celle-ci. Nous sommes en présence d’une architecture en terrasses, permettant de recréer grossièrement des aires à peu près planes.

L’état des vestiges ne permet pas d’espérer des révélations inattendues sur l’économie générale du monument.

Toutefois, bien des zones d’ombre subsistent, principalement sur le bâtiment annexe et sur l’environnement archéologique du site lui-même.

Une reconstitution récente du fanum, plus austère que celles du siècle dernier, et plus en accord avec l’isolement du site et la nature des découvertes décrit une cella éclairée par des ouvertures hautes et entourée d’une galerie en murs pleins percés de fenêtres. En fait, la richesse du sanctuaire ressortait essentiellement de ses enduits peints et surtout de sa statuaire.


Ph. JM Simoes

Une plaque de marbre, qui faisait environ 50 cm de côté quand elle était complète, portait une dédicace : celle, sans doute, d’une des statues, dont elle devait orner la base. On lit encore à la première ligne DEO NVRC[...], c’est-à-dire le début du nom, inconnu jusqu’ici, d’une divinité celtique, avec le DEO habituel en Gaule pour les dieux qui ne sont pas purement romains.

Il est probable que le nom celtique NVRC... servait d’épithète au nom romain, selon un processus d’assimilation courant.

Les marbres comprennent avant tout une statue à peu près complète et masculine, même si on avait considéré la tête comme celle de Minerve.

Le type de cette statue est très exactement celui du Mars "gallo-romain" que nous font connaître les petits bronzes, type nu et si juvénile qu’une tête isolée pourrait sembler féminine, toujours dans la même attitude, la tête légèrement tournée vers la main droite levée, appuyée sur une lance.

 


Ph. JM Simoes


Ph. JM Simoes

Deux autres têtes casquées de marbre, également de taille naturelle, montrent le même travail.

Ce beau marbre blanc est importé et, apparemment, sculpté sur place par des artistes qui devaient s’accommoder de la taille des morceaux qu’ils avaient à leur disposition.

Comme fragments en marbre ont été retrouvés un torse très mutilé, une jambe droite, une jambe gauche, un bras droit plié et levé ...

Plus abondants, les fragments de calcaire comprennent d’abord deux figures.

La première est un homme enveloppé dans un manteau qui lui couvre la tête, en laissant la poitrine nue.

D’abord identifiée comme prêtre (ou "flamine"), on avait remarqué sa ressemblance avec le type du Genius de l’empereur, qui se présente comme le prêtre romain, avec un pan de la toge passé sur la tête, et une patère à la main.

La seconde est un jeune homme nu dont la main gauche retient un manteau qui tombe sur un pilier. On avait pensé à Apollon, prenant une flèche dans son carquois ; en fait, la main droite soulève la courroie et il n’y a pas de carquois. La main gauche ne saisit pas non plus l’épée qu’on attendrait.

Ph. JM Simoes
 

L’une est une copie de la tête autrefois attribuée à Minerve.

L’autre est une tête barbue au regard pathétique qui fait rappeler le Laocoon du Vatican.

 
Ph. JM Simoes

A noter enfin que le nom de Montmarte tire peut-être son origine de Mons Martis, le mont de Mars.
D’après Cl. Rolley, Le Montmarte d’Avallon ;
A. Olivier et M. Baudot in L’Yonne et son passé.