Version 2006-1

Fontenay-près-Vézelay

A l’aube de l’Age du Fer, 900 ans avant notre ère le vaste plateau forestier qui s’étend à l’ouest de Vézelay était déjà occupé. Attirés à leur tour par les richesses du sol, à savoir le fer et le sel, les gallo-romains y implantèrent un vaste centre sidérurgique.


Villa du Crot-au-Port - Ph. JM Simoes
D’énormes buttes de scories, au sud-ouest de Vézelay, ont livré sur au moins 20 km2 témoignent de l’exploitation du minerai (puits d’extraction, fosses et dispositifs de lavage).

Scorie

Limonite

Fragment de lingot
Le site du Crot-au-Port (commune de Fontenay-près-Vézelay), c’est-à-dire " le Trou au Cochon", toponyme justifié par les excavations irrégulières, souvent remplies d’eau laissées par l’exploitation du minerai) a révélé un grand centre sidérurgique attesté par de nombreux vestiges : scories, minerai, éléments de four, outils.

Objet crochu

Petite tuyère
A côté du Crot-au-Port, la forêt des "Ferrières" a révélé, quant à elle, près de 2000 puits de mine. Dans une mare a été trouvée une série de bois identifiés comme éléments de canalisation pour le lavage du minerai, nommés "patouillets".
Les éléments en bois de chêne correspondent aux différentes parties du dispositif de lavage : éléments creusés en forme de gouttière, mortaises, tenons ou chevilles.
La datation de ces bois permet de dire que l’activité sidérurgique était déjà implantée au premier siècle de notre ère, mais elle a connu son essor maximum au IIe siècle si l’on considère le matériel archéologique et les édifices, dont il sera question plus loin, trouvés au Crot-au-Port. Cela coïnciderait avec la promulgation, par Hadrien, de lois régissant l’organisation des mines (conditions d’allocation des mines, montants des redevances ...).

Son activité se poursuit jusqu’au milieu du IIIe siècle.

La compréhension de l’utilisation du lavoir de minerai trouvé aux Ferrières nous est facilitée par une gravure sur bois figurant dans l’ouvrage d’Agricola "De re metallica" (1556).

On peut supposer que l’appareil du XVIe siècle n’est pas très différent dans son principe et dans son fonctionnement de ceux utilisés par les gallo-romains. Les différentes parties sont nettement indiquées : la « glissière » servant pour l’écoulement de l’eau et la « table dormante » où est trié le minerai. Plusieurs éléments provenant des Ferrières sont en forme de gouttière et pourraient correspondre à cette glissière, notamment des fragments non datés (mais du même ensemble) qui forment une canalisation de 2 mètres de long. Les autres éléments : pièces équarries plus plates, parfois biseautées, ont pu appartenir à la table dormante ou aux parties portantes fixées au sol.


Pied-de-biche

Pic

Boucharde

Tête de marteau
Les outils des mineurs gallo-romains étaient peu nombreux : on a retrouvé des pioches, des coins, des masses, des marteaux ...
Pendant l’opération de réduction, le ringard, seul outil vraiment spécial du fondeur et consistant simplement en une longue tige de fer (souvent recourbée à l’extrémité) brassait le mélange en fusion et chassait les scories.

Ringard
Pour le lavage du minerai sur les patouillets, les ouvriers utilisaient des pelles en chêne.
Pelle

A signaler l’existence de tout un réseau de chemins d’exploitation : trois ce ceux-ci sont sensiblement parallèles et orientés nord-sud. Ils sont particulièrement intéressants dans la mesure où ils prennent naissance dans les principaux secteurs sidérurgiques et longent les différents groupes de buttes de scories avant de se raccorder sur un chemin de crête qui se dirige en droite ligne sur Vézelay et se prolonge jusqu’au village d’Asquins, lequel pouvait faire office de petit port d’exportation.

Près de l’embranchement d’une voie secondaire qui aboutit aux Fontaines-Salées et de la route qui va de Brèves à Vézelay et Sermizelles se trouvent les ruines d’une villa et d’un petit fanum.


A porches
B salle sur cave
C salle
D cour
E foyer domestique IIIe s.
F foyer pour le chauffage de G
G salle chauffée sur hypocauste
H salle
I salle
K salle ajoutée au IIIe s.
L hangar
Le premier état de la villa, en date du Ier siècle, présente un plan simple, connu sur d’autres sites : une grande salle à laquelle on accède par un passage dallé encadré par deux pièces carrées. Des aménagements ont eu lieu jusqu’au IIIe siècle, c’est-à-dire jusqu’à la fin de l’exploitation du minerai.

Située au milieu de la zone d’exploitation, cette demeure devait être la résidence des fonctionnaires chargés de la surveiller.

Les fouilles de cette villa ont livré une moulure de stuc et des fragments d’enduits peints.

D'après 30 ans d'archéologie dans l'Yonne
Photos Musée de l'Avallonnais